Origine et histoire de la Coupole d'Helfaut
La coupole d’Helfaut-Wizernes, surnommée Bauvorhaben 21 ou Schotterwerk Nordwest, fut construite entre 1943 et 1944 par l’Allemagne nazie comme base de lancement pour les fusées V2 ciblant Londres. Située dans une ancienne carrière de craie près de Saint-Omer (Pas-de-Calais), elle comprenait un dôme de béton de 71 m de diamètre, 5 m d’épaisseur, et un réseau de 7 km de tunnels abritant ateliers, entrepôts et une usine d’oxygène liquide. Conçue pour lancer des dizaines de missiles quotidiens, elle fut sabotée par les bombardements alliés (opération Crossbow), notamment via des bombes Tallboy en 1944, empêchant son achèvement.
Le complexe, supervisé par l’Organisation Todt et des entreprises comme Philipp Holzmann A.G., employait 1 400 ouvriers en 1944, dont des Français réquisitionnés (STO) et des prisonniers soviétiques. Malgré sa résistance — une seule bombe atteignit le dôme —, les glissements de terrain causés par les raids bloquèrent les accès. Abandonnée en septembre 1944 après la libération, la coupole fut partiellement détruite sur ordre de Churchill pour éviter toute réutilisation militaire. Elle resta à l’abandon jusqu’aux années 1990.
Transformée en musée en 1997 (La Coupole), le site propose des expositions sur l’Occupation, les armes allemandes (V1, V2) et l’histoire spatiale, avec des pièces originales comme un V2 prêté par la Smithsonian Institution. Un mémorial honore les 8 000 fusillés et déportés du Nord-Pas-de-Calais. Le musée, qui attire 120 000 visiteurs annuels, inclut depuis 2012 un planétarium. Il gère aussi le site du canon V3 de Mimoyecques, lié à ce complexe.
La conception du bunker reflétait les tensions entre les ingénieurs allemands : certains prônaient des sites mobiles (Meillerwagen), mais Hitler imposa des structures monumentales comme à Watten, cible des Alliés en 1943. Le choix d’Helfaut fut motivé par sa proximité ferroviaire (ligne Boulogne-Saint-Omer) et sa carrière de craie, idéale pour creuser tunnels et salles souterraines. Le projet, estimé à un million de tonnes de béton, devint obsolète après le Débarquement, les Nazis privilégiant des lancements mobiles depuis des forêts.
L’après-guerre vit le site étudié par le Crossbow Committee britannique, qui y vit un potentiel pour des missiles bien plus grands que la V2 (comme le projet A10). Classé dangereux en 1945 en raison d’effondrements, il fut rendu à son propriétaire privé. Dans les années 1980, des fouilles et des ouvertures exceptionnelles (comme en 1987, avec 20 000 visiteurs) relancèrent l’intérêt historique. Le financement public (État, région, UE) permit sa réhabilitation, révélant des vestiges comme les rails Decauville ou la salle hexagonale inachevée de 41 m de diamètre.